Aperçu

Historique des travaux de recherche sur la langue songhay

Bien que l’étude des anciens manuscrits arabes révèle quelques écrits en langues fulfulde (peul) et soŋay (songhay), l’analyse systématique du soŋay ne démarre qu’à la fin du dix-neuvième siècle, au début de la période coloniale.

Delafosse s’intéresse à la géopolitique du songhay, avec une fascination perceptible pour sa simplicité phonétique qui, apparemment, facilite son adoption comme langue d’échange dans l’espace riverain du fleuve Niger. Hacquard & Dupuis-Yakouba publie une étude sur le dialecte de Tombouctou en 1897 ; une analyse lexicographique suit en 1917. Ainsi, le songhay occidental suscite beaucoup d’intérêt au début. Plus à l’est, Ardant du Picq publie son étude du zarma en 1933. Prost entreprend sa mission de recherche sur le dialecte de Gao et le zarma au début des années 1950. Dans La langue soŋay et ses dialectes (IFAN, 1956)il arrive à la conclusion, d’une part que les dialectes du centre (Gao) et de l’est (Tillabéri à Gaya) sont plus proches, et de l’autre, que le parler de Gao doit être considéré comme le dialecte central de la famille linguistique.

Au Mali, après les indépendances, l’unité soŋay de la Direction nationale de l’alphabétisation fonctionnelle et de la linguistique appliquée (DNAFLA) va s’inspirer largement de cette riche publication, aussi bien du lexique soŋay-français que des textes recueillis auprès d’informateurs à Gao et environnants.  Dans les années 1970-80, la DNAFLA systématise l’orthographe, ajoute des variantes dialectales au lexique soŋay-français et rédige de nombreux guides d’écriture et manuels thématiques. Au début des années 1990, l’adoption générale des langues nationales à l’école primaire crée une nouvelle dynamique. La lexicographie occupe une place centrale dans le dispositif de formation des instructeurs et de production de matériel didactique pour les six premières classes de l’enseignement fondamental. Malgré les moyens limités, des ouvrages très variés seront édités durant cette décennie.

L’unité soŋay doit cette productivité exceptionnelle au dévouement de son personnel quoique réduit mais engagé sur plusieurs chantiers, souvent en collaboration avec des partenaires constants comme l’Aide de l’Eglise norvégienne (AEN), Vision mondiale (World Vision) et l’USAID. Sur ce plan, elle a réalisé sa mission en alphabétisation fonctionnelle. Les différents projets lexicographiques ont produit un dictionnaire général soŋay-français de référence et un lexique français-soŋay avec six glossaires spécialisés (histoire et géographie – politique, administration et justice – linguistique – mathématiques – milieu scolaire – sciences d’observation).

Cependant, l’analyse linguistique connaît une stagnation inquiétante. L’affectation des chercheurs de la DNAFLA à de nouveaux centres et laboratoires a vite démembré l’unité soŋay. Certains d’entre eux ont dû s’associer indépendamment pour publier de textes plus récents sur la grammaire, la sémantique et le savoir local. Le projet actuel considère toute la documentation existante comme base de données pour la redynamisation de la recherche multidisciplinaire sur la langue.  Le développement d’une terminologie globale pour l’informatique et les nouvelles technologies de la communication et de l’information, son application directe à la traduction des logiciels et programmes de source libre et la vulgarisation du travail de localisation auprès des jeunes constituent la nouvelle étape de la modernisation lexicale de la langue. L’appui multimédia permet de créer de nouveaux types de lexiques spécialisés pour illustrer les objets et concepts culturels spécifiques à une langue, à l’aide d’images, de sons, de vidéos et animations visuelles. Dans ce sens, le dictionnaire sert d’encyclopédie illustrée accessible à différents groupes d’usagers – aussi bien les locuteurs natifs que les apprenants du soŋay comme langue seconde ou étrangère.

Quelques pionniers de la recherche sur la langue soŋay :

  • Auguste Hacquard et Auguste Dupuis-Yakouba (étude structurelle, lexicographie)
  • Charles Pierre Ardant du Picq (étude structurelle, lexicographie)
  • André Prost (étude structurelle, lexicographie)
  • Robert Nicolaï (étude structurelle, philologie)
  • Petr Zima (étude structurelle)
  • Charles, M. C. & J. M. Ducroz (lexique sur le parler kaado du Gorouol)
  • Yves Bernard & Mary White-Kaba (dictionnaire zarma-français)
  • Jeffrey Heath (dictionnaires soŋay en dialectes : Djenné [jenne ciini], Hombori [tondi soŋway kiini], Tombouctou [koyra ciini], Gao [koyraboro senni]
  • Mohamed Youssouf Haïdara
  • Hamidou Seydou Hanafiou
  • Husseina Alidou & Ekkehardt Wolff (tasawaq, Niger)

Etudes sur l’hypothèse nilo-saharienne :

  • Christopher Ehret
  • Lionel Bender
  • Robert Nicolaï

Rédaction: Mohomodou Houssouba